Chère lectrice, cher lecteur,
Le premier « Repères » de ce mois de juillet est consacré à un sujet d’actualité et qui va le rester : La Désinformation. Certes, d’une certaine façon, il ne s’agit pas d’un phénomène récent. Issu du russe dezinformatsiya, le terme apparaît dans l’appareil doctrinal soviétique des années 1920. Un « Bureau spécial de désinformation » aurait été créé dès 1923 au sein du GPU, ancêtre du KGB. Mais les nouvelles technologies, les réseaux sociaux, l’IA ont démultiplié la puissance des entreprises de désinformation. Surtout l’IA, qui permet de créer n’importe quelle fiction, à une échelle industrielle.
En 2016, l’Oxford English Dictionary consacre post-truth comme mot de l’année, bientôt suivi, en 2017, par fake news par le Collins English Dictionary. En 2020, l’Organisation mondiale de la santé déclare une « infodémie » mondiale, soulignant les effets délétères d’une propagation virale du faux. Mais il y a aussi le climat, les élections, la défense nationale, etc.
Ce livre de Grégoire Darcy a pour ambition d’expliquer la désinformation sans… désinformer. Sont mobilisées les différentes sciences composant ce nouveau champ d’études, au croisement de la psychologie, des sciences cognitives, de la sociologie, de l’informatique. Au-delà de la présentation des techniques utilisées, toute la chaîne de cette désinformation est analysée : la production des contenus manipulatoires ; la diffusion de ces contenus dans l’espace informationnel ; la transformation des croyances chez certaines personnes exposées ; la modification de leur comportement.
Chacun de ces maillons est problématique : par exemple, le fait de croire à certaines fake news n’induit pas nécessairement une modification du comportement. Ce qui conduit à s’interroger sur les conditions de l’efficacité de la désinformation, qu’il s’agisse des facteurs individuels (cognitifs, liés à l’âge, à la personnalité, à l’éducation, etc.), des dynamiques sociales favorisant sa diffusion, ou des facteurs structurels comme la précarité, l’isolement social, les fractures politiques, finalement tout ce qui inspire de la défiance. La connaissance des techniques et des facteurs permet d’inspirer les politiques à mettre en œuvre pour limiter les effets désastreux de la désinformation sur la démocratie.
La deuxième publication de ce mois est la 7e édition de Sociologie du sport de Jacques Defrance. Elle n’est pas seulement l’actualisation d’un « Repères » dont le succès ne se dément pas. En effet, elle inclut des sujets récents tels que la géopolitique du sport, l’invention de nouveaux sports, par exemple le paddle, ou de nouvelles modalités, comme le foot en salle, la lutte contre le trucage des compétitions sportives par les sites de paris, l’évolution de la lutte anti-dopage, laquelle est loin d’être gagnée si l’on songe aux Enhanced Games, ces « Jeux améliorés » où le dopage est autorisé. Ne sont pas oubliées les questions sensibles, telles que l’homophobie dans le football ou le débat autour de la participation d’athlètes transgenres à des compétitions sportives.
Je vous imagine déjà ou bientôt en vacances. Il n’existe pas encore de « Repères » pour toutes les destinations. Nous y travaillons. Mais si vous allez en Corse, alors la lecture de la nouvelle édition de Sociologie de la Corse de Jean-Louis Fabiani me semble s’imposer. Et si vous n’y allez pas, alors cette sociologie peut vous intéresser au moment où l’Assemblée nationale vient de voter un projet de loi constitutionnelle pour « une Corse autonome au sein de la République ». La société corse est un sujet qui requiert une connaissance du « terrain » et une grande finesse d’analyse. Ce « Repères » satisfait ces exigences.
Bonnes lectures de vacances, donc.
Pascal Combemale