Chère lectrice, cher lecteur,
Les deux premiers titres de cette livraison ne sont pas sans relation avec la température qui a sévi à la fin de ce mois de mai.
L’un des secteurs qui souffre de la chaleur est l’agriculture, laquelle n’a pas besoin du changement climatique pour aller mal. Il existe pourtant une PAC depuis le début des années 1960. Jean-Christophe Bureau et Sophie Boyer, dans la troisième édition de leur « Repères » La Politique agricole commune, rappellent que, certes, elle a contribué à la modernisation de notre agriculture, pour le meilleur et pour le pire, mais qu’elle n’a jamais cessé, depuis des décennies, d’être l’objet d’affrontements. Les agriculteurs sont pris dans un étau : ils doivent satisfaire des normes environnementales et de santé publique, que l’on peut juger insuffisantes, tout en restant compétitifs et en offrant des produits à des prix accessibles au plus grand nombre. Il est à craindre que nous perdions sur les deux tableaux. Nous ne devrions pas écrire « les » agriculteurs tant les inégalités sont fortes parmi eux : à l’échelle européenne, 20 % des agriculteurs perçoivent 80 % des aides ; pour la France, ces 20 % reçoivent 51 %. Cette politique appelée « commune » reflète les divergences d’intérêt et de modèles agricoles des différents pays. La qualité de ce qui se retrouve dans notre assiette, la façon dont cette nourriture a été produite, notre indépendance alimentaire, la protection de l’environnement et de la biodiversité, tous ces sujets vont probablement rester longtemps d’actualité, comme en témoigne l’opposition au projet de loi Duplomb il y a tout juste un an.
Jacques Chirac déclarait : « Notre maison planète brûle et nous regardons ailleurs », à l’occasion du 4e Sommet de la Terre, en 2002. L’accord de Paris, signé lors de la COP21, date de 2015, il y a plus de dix ans. À la suite du rapport Jouzel, en février 2022, le ministère de l’Enseignement supérieur a invité les universités « à sensibiliser et former aux enjeux de la transition écologique ». Mais une enquête récente vient de montrer qu’il y a loin de la coupe aux lèvres. Les enseignements consacrés à ce qu’il conviendrait d’appeler plutôt les enjeux écologiques, en y incluant la biodiversité, reposent souvent sur quelques professeurs volontaires, en nombre insuffisant et les équipes formées sont précaires. L’une des raisons en est l’absence de supports pédagogiques, car préparer des cours sur un sujet aussi complexe, sans négliger ses implications sociales et politiques, dans une perspective systémique, exige beaucoup de temps et d’efforts de recherche.
Le manuel No(s) Limit(es). Étudier et enseigner face aux limites planétaires a pour ambition d’être l’outil qui fait actuellement défaut. Nous pensons qu’il répond à un besoin des enseignants et à une demande des étudiants. Sous la direction de Baptiste Monsaingeon, Bruno Villalba et Franck-Dominique Vivien, il est l’œuvre d’une équipe pluridisciplinaire de plus de 60 auteurs et autrices, un nombre justifié par la nécessité de réunir les compétences requises dans tous les champs concernés, qu’il s’agisse des sciences de la nature ou des sciences sociales. Le célèbre rapport The Limits to Growth, écrit dans une autre perspective, date de 1972. Aujourd’hui, les limites, ou les frontières, sont dépassées. Parce qu’au plus profond de notre système il y a l’idée funeste qu’il n’existe pas de limites. Or l’urgence est aujourd’hui de penser et d’instituer « nos limites ». Le moment est aussi dépassé où l’on pouvait se contenter d’évoquer ces enjeux dans les interstices laissés par d’autres enseignements, comme une ritournelle en arrière-plan, qui finit par lasser. Car il s’agit aussi d’agir, à toutes les échelles.
Pour cette raison, ce manuel est le produit d’une réflexion pédagogique spécifique, adaptée à cet impératif. Si l’on se contente d’informer, froidement, avec une avalanche de prévisions et de statistiques, l’effet sur les étudiants est souvent contre-productif, voire délétère. Cela entretient leur angoisse, leur sentiment d’impuissance, justifie leur renoncement : à quoi bon consentir des efforts puisque c’est foutu ? Il faut donc parvenir à les impliquer par un enseignement participatif, dont l’un des objectifs est aussi de les rendre plus autonomes. Dans cette intention, chaque chapitre est équipé d’un dispositif pédagogique avec des questions introductives, des textes de sensibilisation, des travaux à effectuer, un guide destiné à l’enseignant, avec des objectifs et des outils pour chaque séquence, la possibilité d’approfondissements, des conseils bibliographiques, etc.
Du fait de la diversité des contributions et de la diversité de son contenu, ce livre devrait intéresser, au-delà des enseignants, des formateurs et des étudiants, toute personne qui se préoccupe des échéances auxquelles nous allons devoir faire face.
Pour éviter de terminer par une note trop sombre, nous présentons en dernier le « Repères » de Stéphane Beaud consacré à Zinedine Zidane. Mais faut-il le présenter ? Ne disait-on pas : « Le sport roi, c’est le foot et le roi de ce sport c’est Zizou ! » Toutefois, après la longue liste des biographies, articles de presse, documentaires qui lui ont été consacrés, désormais aussi une bande dessinée, pourquoi un livre de plus ? Et comment éviter un double écueil : le premier, faire une « histoire sainte » de Zidane, héros de la finale du mondial contre le Brésil en 1998, quand on célébrait la France « black, blanc, beur » ; Zidane était alors le « meilleur joueur du monde », icône de l’intégration en marche des enfants d’immigrés maghrébins, longtemps « personnalité préférée des Français » ; le second écueil, chercher à traquer la part sombre, révélée lors de la finale de la Coupe du monde de 2006 (son coup de tête contre le défenseur italien Marco Materazzi), pour écorner l’image d’un personnage trop lisse et consensuel.
Mais ce n’est pas n’importe quel livre, c’est un « Repères ». Comme il y a un Clint Eastwood ou un Coluche, c’est une sociologie de Zidane, que nous devons à un auteur connu, entre autres, pour ses travaux sur l’immigration et sur… le football.
La question posée est : de quoi Zidane est-il représentatif ? Son histoire illustre un moment particulier (les années 1980-2000) où les enfants d’immigrés maghrébins se sont fait leur place dans la société française, malgré les obstacles rencontrés, plus nombreux pour les garçons que pour les filles. Ce livre montre tout ce qu’il faut comme cumul d’investissements, de soutiens, familiaux, amicaux, professionnels ou tout simplement humains pour produire un champion d’exception, qui sera probablement le prochain sélectionneur de l’équipe de France.
Je vous souhaite de bonnes lectures et un peu de fraîcheur,
Pascal Combemale