Chère lectrice, cher lecteur,
En janvier, nous vous avons proposé deux nouveaux titres.
Le premier, L’Économie africaine 2026, est un périodique de l’Agence française de développement, désormais installé et attendu. Bien que les regards soient plutôt tournés vers des zones de conflits extérieures à ce continent, l’histoire n’a pas suspendu son cours en Afrique. Ainsi en République démocratique du Congo, meurtrie par des guerres successives depuis la fin des années 1990, principalement au Nord Kivu où sévit le mouvement M23, dans une région riche en ressources minières : 80 % des réserves mondiales de Coltan s’y trouvent (ce minerai contient le précieux tantale présent dans votre smartphone). Ou au Soudan, pays ravagé par une quatrième guerre civile, qui dure depuis avril 2023, avec son cortège de morts, de famines, de populations déplacées… Persiste donc ce même constat : par la jeunesse de sa population et ses ressources naturelles, l’Afrique devrait être le continent de l’avenir, mais une partie reste minée par les conflits et l’instabilité politique. Les sujets traités dans cette livraison sont variés : la gestion de la dette publique, les transports urbains collectifs, les industries culturelles, la démographie, l’adaptation au changement climatique. Autant de questions qui ne nous sont pas étrangères et nous rappellent que notre destin est commun.
Le second « Repères » n’est pas une BD, mais une Histoire de la bande dessinée en France, que nous devons à Benjamin Caraco. En 2023, la bande dessinée représentait 16,7 % du marché du livre, juste derrière la littérature (22,5 %). Elle n’est plus un art mineur, sa légitimité culturelle ne fait plus débat. Elle mérite son histoire : Bécassine apparaît pour la première fois le 2 février 1905 dans La Semaine de Suzette, dont la rédactrice en chef est Jacqueline Rivière. Les Pieds Nickelés, d’inspiration anarchiste, doivent aussi leur existence à un périodique de l’époque, L’Épatant, créé le 9 avril 1908. Le Journal de Mickey n’arrive en France qu’en 1934. Si l’on fait un saut dans le temps, il est impossible d’omettre René Goscinny (1926-1977), dont le nom est associé au succès d’Astérix (avec Albert Uderzo), de Lucky Luke (créé et dessiné par Morris), du Petit Nicolas (illustré par Sempé) ou encore d’Iznogoud (avec Jean Tabary). À quoi il faut ajouter la direction de Pilote, hebdomadaire tirant à plus de 125 000 exemplaires en 1963. Après Mai 68, une bande dessinée plus « adulte » prend son essor, avec des magazines tels que L’Écho des Savanes, Métal hurlant puis Fluide glacial. N’oublions pas Pif Gadget, dont les tirages hebdomadaires sont de l’ordre de plusieurs centaines de milliers d’exemplaires pendant les années 1970-1980. Le festival d’Angoulême – qui a connu des remous sans précédent en 2025-2026 – est créé en 1974 ; son grand prix est attribué en 1978 à Reiser. La période allant du début des années 1990 à nos jours est marquée par de nombreux changements, tels que l’avènement de l’édition alternative et la traduction massive des mangas en France (Dragon Ball, etc.). Le « roman graphique » devient, malgré les intentions de ses premiers promoteurs, un nouveau standard éditorial, en particulier grâce au succès de Persépolis de Marjane Satrapi, au début des années 2000. Le succès récent du Monde sans fin, livre le plus vendu en 2022, ou l’adaptation en BD des œuvres de Thomas Piketty ou de Pierre Bourdieu, illustrent cette tendance à la « bédéisation ».
Pour les « Repères », nous allons encore attendre un peu.
Bonne lecture,
Pascal Combemale