Chiffres, économie du travail et de l'emploi et météo...

Les chiffres du chômage sont un peu comme une météo de l’économie. Les médias les annoncent régulièrement et relancent à cette occasion les débats sur l’interprétation de la tendance, l’analyse des causes, la critique de la mesure, etc. Cela n’a rien d’étonnant car nous ne sommes pas sortis de la société salariale, fondée sur l’intégration par le travail rémunéré, de telle sorte que les perspectives de l’emploi, en quantité et en qualité, préoccupent toutes les personnes en âge d’être actives.

Si l’économie est en premier lieu la science qui étudie les problèmes de coordination, alors le chômage devrait être l’un de ses objets de recherche privilégiés. Les biographies de nombreux économistes du passé nous apprennent d’ailleurs qu’ils ont choisi cette profession à cause du traumatisme de la Grande Dépression des années 1930. Et le chômage est avant tout un gigantesque gaspillage de ressources humaines.

Pourtant, l’économie du travail et de l’emploi n’occupe pas dans les cursus universitaires une place correspondant à l’importance de son objet, alors même qu’elle traite de questions connexes tout aussi intéressantes telles que les discriminations, l’immigration, la formation, de multiples formes d’inégalités… Pour ceux qui voient des marchés partout, ces thèmes sont relégués au rang d’études de cas dans des problématiques plus générales. On s’intéresse alors à ce qui peut distinguer le marché du travail des autres, en termes d’asymétries d’information, d’incitations, de pouvoirs de marché, etc. Dans une perspective plus keynésienne, sans référence à une régulation par le marché, le chômage est abordé à l’occasion de l’étude des politiques économiques, finalement plus comme un prétexte qu’en tant que tel. Donc tout le monde en parle, mais le sujet n’est pas pour autant analysé dans sa globalité, sous tous ses aspects, qui sont nombreux et débordent largement les frontières de l’économie.

Cela est probablement lié, il n’existait plus depuis longtemps un grand manuel de référence, en version originale française. Nous voulions donc en publier un, mais les conditions étaient exigeantes car nous souhaitions un ouvrage pluraliste, qui ne sacrifie aucun courant théorique, orthodoxe ou hétérodoxe, qui conjugue de façon équilibrée les faits, les interprétations, les politiques, sans négliger les méthodes, et puisse servir d’outil de travail aux étudiants tout en intéressant un plus large public. Nous remercions Bernard Gazier et Héloïse Petit d’avoir accepté de relever ce défi. L’espoir est autant de faire reculer les discours simplistes sur ces questions que de résister au fatalisme en matière de politiques de l’emploi (« on a tout essayé, rien n’a marché »…).

 

Pascal Combemale, directeur de la collection « Repères »

PS : pour les lecteurs hésitants, voici une question, parmi beaucoup d’autres : alors que la population et la production ont considérablement augmenté depuis le début des années 1970, le nombre annuel total d’heures de travail rémunéré (salarié ou indépendant) est actuellement d’environ 42 milliards, soit à peu près le même qu’alors, il y a un demi-siècle. Pourquoi ?

 

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