Le faux prix Nobel d'économie

Le faux prix Nobel d'économie, ou le vrai prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel, a donc été décerné à William Nordhaus et Paul Romer.

On doit à William Nordhaus les premiers modèles d'interaction entre l'économie et le changement climatique.
En bon économiste, il calcule un prix du carbone et recherche la trajectoire optimale, celle qui maximise le bien-être intertemporel des populations sur la base d'une comparaison entre le coût de la transition écologique maintenant et les gains à en attendre dans le futur.
Selon Antonin Pottier, le scénario proposé par Nordhaus, qui préconise une trajectoire graduelle, nous conduirait à un réchauffement de 3,5 °C en 2100, soit une conception assez personnelle de l'optimalité, très éloignée des catastrophes que nous prédit le GIEC si nous passons la borne des 1,5 °C ou des 2 °C... Inutile de courir, il faut partir à point ?

 

Paul Romer, de son côté, est connu pour sa théorie de la croissance dite endogène (c'est le progrès technique qui l'est). lle est fondée sur la distinction entre les biens et les idées, ou entre les facteurs matériels de la croissance qui sont soumis à la « loi » des rendements décroissants (les ressources les plus accessibles étant utilisées en premier, il devient de plus en plus coûteux d'exploiter les quantités supplémentaires) et les connaissances, qui peuvent être diffusées à un coût très faible et ont comme caractéristique majeure de s'engendrer elles-mêmes (ce qu'illustre l'image de « nains juchés sur les épaules de géants », due à Bernard de Chartres, qui n'était pas un économiste... ; Romer dit de son côté : « Knowledge builds on itself »).
Autrement dit, si l'on attribue la croissance à la destruction des ressources naturelles, alors elle paraît limitée par leur rareté intrinsèque ; mais si elle s'explique principalement par le progrès des connaissances, alors il semble ne plus y avoir de limites. Vraiment ?

 

Voici donc deux économistes optimistes. Si l'on en croit une étude récente, l'optimisme est une cause de longévité.
Friedrich Hayek, l'un des deux récipiendaires de l'année 1974, avait introduit son discours (celui du banquet) par cette remarque : « Si l'on m'avait consulté, j'aurais déconseillé la création d'un prix pour l'économie. » Sur ce point, il n'avait peut-être pas tort.

 

Pascal Combemale, directeur de la collection Repères

 

Sur ce sujet, il existe également un excellent Repères sur les nouvelles théories de la croissance, un autre sur l'économie de la connaissance ; et tout une série consacrée à l'écologie.

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